Man Ray et la mode au musée Cantini

Le Révélateur Phocéen vous proposer d’aller à la rencontre de l’homme qui voulait « lier l’art à la mode », photographe américain dont la France fut le terreau de son émancipation, Man Ray.
Les musées de la ville de Marseille lui ont consacré une exposition répartie en deux espaces, le Musée Cantini et le musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode.

Après m’être rendue dans les deux espaces, force est de constater que l’exposition au musée des
Arts décoratifs n’a qu’un lien très ténu avec le photographe car presque entièrement dédiée aux toilettes des femmes qu’il a rencontrées et immortalisées au cours de sa carrière. Cette exposition s’inscrit donc dans un désir de complémentarité et viendra davantage alimenter votre culture de l’histoire du vêtement et de son évolution entre les 1920 et 1930 que vous présenter un travail photographique.

Pour cela, direction le musée Cantini où des murs rose bonbon servent d’écrin aux monochromes de l’artiste. L’exploitation exclusive du rez-de-chaussée laisse un goût d’inachevé. Pourquoi n’avoir pas utilisé les étages du musée pour développer l’oeuvre riche et complexe du photographe dont les pratiques et les influences furent si variées qu’il développa en parallèle de sa carrière une activité de peintre et de cinéaste ?

L’exposition présentera essentiellement une succession de portraits entremêlés d’objets connexes : magazines de mode, souliers, bijoux, mobilier, le tout d’époque bien entendu. Amateurs et amatrices de vintage, bienvenu dans ce voyage dans les années folles.

Faisons un bond d’un siècle en arrière et regardons ces portraits, minuscules tirages d’une beauté rare, pour certains postérieurs à la prise de vue.
La première image donne le ton : Man Ray nous parlera de son amour de la figure féminine et de son goût pour la distorsion du réel.
Vous aurez le privilège de voir les tirages originaux du photographe, sublime noirs et blanc aux cadrages précis et à la poésie envoûtante. Ne vous étonnez pas de voir des traits sur certains. Ils sont symptomatiques d’une pratique qui a contribué à distinguer son oeuvre, le recadrage. Dans notre monde digitalisé, la (re)découverte de techniques oubliées comme la solarisation, les
rayogrammes dont Man Ray se dit l’inventeur ou encore le photo-montage oxygènent nos pupilles et rappellent l’héritage esthétique intemporel que les premiers photographes nous ont légué.

À ceux que le focus sur la mode refroidit, l’exposition nous montre que la photographie de Man Ray en est indissociable. La presse a joué un rôle primordial dans la diffusion de ses images.
D’ailleurs, vous serez étonnés d’apprendre qu’une d’elles, iconique, a été utilisée pour vendre des cosmétiques.

L’exposition a également le mérite de pointer du doigt l’importance de certaines figures littéraires et artistiques dans la création de l’identité visuelle de l’artiste.
Picasso, Paul Eluard et les surréalistes s’inviteront donc dans les salles au fil des images.

En brisant les codes traditionnels de représentation et en jouant avec le médium, Man Ray témoigne de sa puissance créative et s’y exposer fait beaucoup de bien.
L’exposition court jusqu’au 8 mars et une surprise scénographique vous y attend.

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