La street photography est morte

Au moment où tout le monde est photographe avec à la main un réflex, un compact, un instantané, un téléphone ou même une caméra, toutes les photos prisent sur un lieu public entrent dans la catégorie « photographie de rue », tout le monde pratique la « street photography ».
Je ne m’y retrouve plus, pour 80% des photographies affichées en street photography ne méritent pas leur place.

Si vous allez sur Wikipedia vous avez une définition de la street photography :


« La photographie de rue (« Street Photography » en anglais) est une branche de la photographie dont le sujet principal est une présence humaine, directe ou indirecte, dans des situations spontanées et dans des lieux publics comme la rue, les parcs, les plages, les grands magasins ou les manifestations.

La photographie de rue est un concept fourre-tout, flou et mal défini… »


Ce terme peut rassembler toutes les catégories photo et on y trouve tout et n’importe quoi aujourd’hui. Pour moi la dimension sociale et la vie urbaine sont les seules choses que l’on doit retenir de la street photography. Le phénomène à pris une telle ampleur que dire « je fais de la street photography » vous ferait perdre en crédibilité.

La street photography est devenue populaire grâce à beaucoup de grands photographes comme Winogrand, Meyerowitz, alex webb, etc… chaque photographe témoignant de son époque et de ce qui l’entour lorsqu’il sort de chez lui. Et c’est bien çà la street photography, témoigner de son époque. Le but n’étant pas de vouloir faire les même images que Robert Frank ou Cartier Bresson, eux photographiaient la vie moderne de leur époque, n’essayez pas de photographier de vieilles voitures ou de vieilles maisons parce que vous avez vu ces photos sur internet qui sont devenues cultes, photographiez votre vie, le 21° siècle.

Victime de son succès

Beaucoup de photographes ne font pas d’éditing, ils publient 50 photos de ce matin à 8h47 en allant au boulot qui représentent toutes la même scène ou le même genre (j’exagère un peu, je suis marseillais), on envoie le bon hashtag et le tour est joué, et si on regarde bien, souvent ces photographies sont prisent à la va vite avec l’appareil au niveau de la hanche pour ne pas montrer aux gens que vous les prenez en photo ?! Vous ne comprenez rien, c’est ce genre de pratique qui énerve les passants (et moi) et qui les enferme encore plus dans leur idée de la photographie de rue et de leur (droit à) image… Assumez votre photographie !!

Dans la street photography il y a de la place pour tout le monde, chacun à son regard, chacun a sa distance et sa façon de travailler, mais quand je vois certaines images, je me demande souvent si le photographe privilégie la quantité plutôt que la qualité, c’est plutôt logique dans un monde où on l’on est constamment à la recherche du follower et des likes…

J’ai mon compte instagram et je tape bien-sûr le hashtag #streetphotography de temps en temps et ce que j’y vois me désole… Ce terme ne veux plus rien dire et les images qui vont avec non plus, la streetphotography est morte, le flux d’images sous le terme street photography est trop important et éparpillé.
Le public est gavé, le lecteur ne comprend plus la photo qu’il regarde entre 1 à 3 seconde sur un mini écran de téléphone…

photos Révélateur Phocéen

Se confronter à la vie urbaine

La street photography souffre et les photographes de rue, les vrais, aussi. Il faut se remettre en question de temps en temps pour avancer. Photographiez la vie urbaine,ne vous cachez pas, approchez vous, parlez avec la personne qui vous regarde faire, elle ne demande qu’à savoir ce que vous faite, approchez vous, parlez, expliquez et montrez votre travail. Moment de vie du quotidien, jeux de lumière/couleurs, pensez à la composition, capturez le mouvement, jouez avec les plans, éditez vos photos, trouvez votre écriture photographique.

Je vie à Marseille, une magnifique ville et une ville de caractère. D’un naturel plutôt timide, je me suis relancé dans la photo il y a quelques années me forçant à surmonter cette timidité en me rapprochant des gens dans la rue avec un objectifs 28mm, ma perception de la street photography à changé du jour au lendemain !

Bruce Gilden au travail
Bruce Gilden au travail

La photographie de rue plus que les autres styles/courants nécessite du travail, d’une part parce que le nombre d’images déjà proposées est gigantesque et qu’il faut arriver à sortir la tête de tout cela, d’autre part parce que c’est compliqué et difficile il faut être rapide et réactif, revenir plusieurs fois sur un lieu pour trouver la bonne photo.

C’est ça qui est beau dans la street photography, cet engagement et cette persévérance, s’inspirer et voir des images de grands photographes dans des séries et des livres et trouver son écriture dans tout ça.

© Garry Winogrand
© Garry Winogrand
©Alex Webb
©Alex Webb
©Trent Parke
©Trent Parke
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Showing 5 comments
  • Anonyme
    Répondre

    Je partage tout à fait ce que vous écrivez notamment cette phrase « Je ne m’y retrouve plus, pour 80% des photographies affichées en street photography ne méritent pas leur place. »
    Il est vrai qu’on peut reprocher à des gens totalement méconnus de publier tout et n’importe quoi en matière de street photography, mais pourquoi s’en priveraient-ils puisque chacun a le droit de s’exprimer ?
    Par contre il est difficile de faire le même constat lorsqu’il s’agit d’un photographe très connu en France (et peut-être ailleurs), marseillais de surcroit, qui a publié de nombreux livres photo, notamment un intitulé tout simplement « Marseille » et dans lequel ses photos n’ont, à mes yeux, aucun intérêt et ne représentent en rien le travail d’un photographe qui veut faire de la street. Feuilleter ce livre donne une bien triste idée de ce que la photo de rue peut exprimer et risque d’inciter les lecteurs de ce livre à s’inspirer de cet auteur.

  • Obatalaphotography
    Répondre

    Bonjour,
    Excellent article.
    La Street Photography est aussi devenu un concept marketing pour vendre des types de boitiers compacts (excellents au demeurant) lorgnant sur une marque allemande bien connue…ce qui explique sa transformation en attrape tout ! Le premier appareil photo disponible en nombres etant le telephone, il fallait bien creer un nouveau marché…
    Alors oui, un street photographer est un photographe social type humaniste (l’homme dans son environnement au sens premier du terme) mais c’est pas très vendeur…
    PS: Je suis marseillais mais que cette ville est difficile à photographier…et pourtant quelle matière !

  • b.michel
    Répondre

    Je partage tout à fait ce que vous écrivez notamment cette phrase « Je ne m’y retrouve plus, pour 80% des photographies affichées en street photography ne méritent pas leur place. »
    Il est vrai qu’on peut reprocher à des gens totalement méconnus de publier tout et n’importe quoi en matière de street photography, mais pourquoi s’en priveraient-ils puisque chacun a le droit de s’exprimer ?
    Par contre il est difficile de faire le même constat lorsqu’il s’agit d’un photographe très connu en France (et peut-être ailleurs), marseillais de surcroit, qui a publié de nombreux livres photo, notamment un intitulé tout simplement « Marseille » et dans lequel ses photos n’ont, à mes yeux, aucun intérêt et ne représentent en rien le travail d’un photographe qui veut faire de la street. Feuilleter ce livre donne une bien triste idée de ce que la photo de rue peut exprimer et risque d’inciter les lecteurs de ce livre à s’inspirer de cet auteur.

    • Loris
      Répondre

      Bonjour,
      Toute personne qui pratique la photographie à bien sûr le droit de partager toute les photos qu’ il souhaites, cet article est là comme un constat personnel a propos de la street #photography non a propos de la photographie en général.
      Dans l article je ne vise personne en particulier, le photographe dont tu parles est peut être Christian Ramade et son livre « Marseille, chemin d’intimité » ? Dis moi si je me trompe. Je n’ai pas lu le livre mais je connais le travail de Christian et je ne pense pas que ce livre ni son travail soit principalement de la « street », il était reporter et je trouve son travail plutôt documentaire même si beaucoup de ses scène se trouve dans la rue. Et pour tout te dire je pense qu’il se fou de faire de la street ou pas et qu’il ne le revendique pas du tout… Tu n’aimes pas son travail mais je pense que tu as choisi le mauvais exemple en choisissant Christian Ramade à propos de la street photography, je suis marseillais cela ne veux pas obligatoirement dire que je trouve le travail de tous les marseillais passionnant.
      Le Révélateur Phocéen met en avant le travail des marseillais en priorité et j’aime le travail que je partage sur ce site, je n’ai défendu ni attaqué aucun photographe dans cet article.

      • Anonyme
        Répondre

        Bonjour et merci pour ta réponse. Il ne s’agit pas du tout de Christian Ramade, je connais un peu son travail (mais pas tout) et j’apprécie assez ce qu’il fait, et ce n’est pas toujours de la street. Dans ses séries comme Hôtel Nord Pinus (je ne garantis pas le titre) il y a un vrai fil conducteur et une ambiance qui correspond bien à cet hôtel et je trouve cela très réussi. Peu importe l’auteur dont je parlais et peu importe qu’il soit marseillais ou pas, je trouve simplement que parfois leur travail d’auteur ne correspond pas toujours à ce qu’ils ont publié auparavant, et cela me désole, notamment en photo de rue car cette démarche risque d’inciter d’autres photographes à s’en inspirer. J’aurai la même réaction si l’auteur était grec ou japonais ou parisien.

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