Memory – Safia Delta

Memory ©Safia Delta
Memory ©Safia Delta

photographe : Safia Delta

Instagram : @safia_delta

Que voit-on sur cette photographie ?

Des bouquets de fleurs, certains à même le sol, certains délicatement posés contre une barrière métallique. Au milieu du blanc dominant éclate le rouge de quelques roses. Rouge, blanc, bleu. Pêle-mêle, les couleurs du drapeau se répondent dans un jeu de ricochet sous une lumière absente.
Puis il y a cette inscription, en bas, illisible et trois petites bougies blanches, éteintes. Je ne remarque qu’après la plus grande. Elle ressort mal contre la pancarte. Un ballet innocent qui s’étend jusqu’au mur et vient entourer les bouquets.

Que se passe-t-il autour de toi ?

Il commence à y avoir du monde. Les gens sont sortis malgré tout. Il fait gris. Les mines sont sévères. Pour un début de weekend, l’atmosphère boulevard Voltaire est bien calme.

Pourquoi et Comment as-tu pris cette photo ?

J’habitais Melun et j’avais pour habitude d’aller à Paris le samedi. Mais il m’a été difficile de sortir ce jour-là. J’étais abasourdie. En même temps, le besoin d’être dehors et de me rendre sur les lieux était plus fort. Je voulais mêler mon silence aux autres.

Une fois sur place, je me suis écartée de la foule qui commençait à s’amasser, je me suis rapprochée des fleurs et j’ai pris cette photo. Il y avait un ami photographe avec moi. Je me rappelle encore de son regard aujourd’hui.

Qu’as tu fait avant et après la photo ?

Avant, pas grand-chose, j’ai sorti mon Contax et j’ai pris la photo, sans trop réfléchir à la composition. Je me suis surtout concentrée sur cette diagonale qui venait fissurer l’espace et tranchait le cadre. Je n’en pris qu’une de cette scène qui changeait sous mes yeux.

Un peu après, je demandais d’un geste à une personne qui s’apprêtait à déposer un bouquet si je pouvais photographier sa main.

Elle acquiesça. J’étais trop près. La photo était floue.

Qu’est ce que tu ne nous à pas dit à propos de cette photo ?

Les fleurs que vous voyez sur cette image sont les premières qui ont été spontanément déposées en hommage aux victimes d’une nuit d’attentats qui avaient criblés la capitale. Dans le hors-champ, derrière les barrières, il y a le Bataclan.

Nous sommes le 13 novembre 2015. Une fois chez moi, le soir à la télé, beaucoup d’autres bouquets étaient venus tapisser le trottoir endeuillé. J’avais été là. J’avais gardé une trace.

Des fleurs contre la terreur.

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