Avenue Simon – Bolivar, Willy Ronis

©Willy Ronis
©Willy Ronis
Se débarrasser de la technicité

Parmi les images en filigrane qui sont ancrées dans ma tête lorsque j’ai l’œil dans le télémètre du leica, il y a ces images qui ont une place très particulière. Je n’ai jamais vraiment su ce qui m’avait poussé à me saisir d’un appareil photographique. Alors, je me suis inventé des histoires, plus ou moins crédibles et romantiques. Mes souvenirs se sont emmêlés. Pourtant, je sais que Willy Ronis a été très tôt le photographe qui m’a le plus inspiré. Mes parents m’avaient offert un pentax encore lycéen. J’aimais bien photographier des paysages et je m’étais dessiné des graphiques que j’essayais de reproduire en images : équilibre des masses, règle des tiers, perspectives, lignes de fuite, rythme, profondeur de champs…Tout le champ de la technique photo y passait. Un jour, je crois que c’était à la bibliothèque municipale de ma ville, je tombais sur des images de Willy Ronis. C’est à ce moment que tout à basculé : je m’étais identifié à son style et ma pratique pouvait donc dépasser un aspect technique trop cloisonné.

Témoigner de son époque : le panorama parisien

Avenue Simon-Bolivar a été un choc visuel et m’a toujours inspiré. Lorsque je choisis mes images, je me pose souvent cette question : Willy Ronis l’aurait-il retenu ? Dans son livre « Derrière l’objectif » cette image est classée par le photographe dans le chapitre « temps ». Elle se veut le témoignage d’une époque. Il nous dit que du haut de cet escalier d’où l’image fut prise, on pouvait encore « admirer le panorama parisen ». Modestie d’un immense photographe ou trop impliqué dans sa pratique, cette image parle pour moi davantage du « temps du déclenchement ».

Le temps du déclenchement

Tout se joue dans un temps infime. Souvent on dit qu’en photographie on arrive trop tôt ou trop tard. L’œil est guidé du bas vers le haut de l’image dans un forme en Z, l’ombre de l’arbre opérant la jonction en la femme est son enfant dans les bras et le haut de la rue. Le pied de la femme en suspend confère à l’image un aspect surréaliste. Willy Ronis a su déclencher au bon moment. Je serais curieux de voir la planche contact de ce négatif mais une chose est certaine : pas de mode rafale sur son appareil photo.

Des histoires dans l’histoire

Ce qui me fascine le plus dans une photographie est sa capacité à raconter une multitude d’histoires comme un livre qu’on lirait sur une seule planche. L’homme qui répare le feu, le couple qui marche avec sa poussette, le cordonnier, la femme est son enfant, l’attelage et son cheval, (voyez-vous le chat ?) etc. C’est extraordinaire qu’une image a le pouvoir magique de rassembler dans un même cadre autant d’histoires différentes, de figer pour l’éternité des personnes qui à priori ne partageaient rien de ce moment.

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